« Je t’offre une glace? », me lance-t-il du haut de son vélo.
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Il fait chaud. Je marche d’un pas vif sur le bord du canal pour me détendre après ma longue fin de semaine de travail. Rien dans ma tête, clés et téléphone en poche. Un grand homme noir, vingt ans de moins que moi, me dépasse en pédalant. Je vois qu’il se retourne, me fixe un moment et s’arrête plus loin, le regard plongé dans son cellulaire. Je le dépasse à mon tour, me sentant observée. Puis, l’homme me rejoint et me lance « Je t’offre une glace »?
Pensant avoir mal entendu, je me rapproche et lui lance un « quoi? » bien sonné. Souriant de façon éclatante, il me relance l’invitation, à laquelle je réponds « Non, je dois travailler ». Je continue mon chemin, lui le sien. Je traverse la rue, et arrivée près de la maison, j’entends « Hé! » au loin. Je me retourne. Encore lui. Décidément… Ses paroles sont inaudibles. Je reviens sur mes pas pour mieux entendre, il avance, se rapproche encore. Un buisson est témoin de notre brin de conversation. J’ai compris qu’il voulait reporter notre rencontre, étant donné que j’étais occupée. Je lui dis que je suis mariée. « Ah oui? » Ses yeux noirs foncent, si cela est possible. « Il en a de la chance, il a les mêmes goûts que moi. J’aurais aimé être avec toi. » Surprise par tant de franchise, je le remercie, « c’est gentil ». Le voyant encore planté là, j’ajoute : « On se revoit dans un autre monde, peut-être! » Et son sourire sera son dernier mot. Sur ce, je tourne les talons.
Pourquoi cette histoire? Parce qu’elle fait du bien et qu’il n’y a pas d’âge pour apprécier la vie. Tout le monde peut savourer le plaisir de se sentir désiré. Un peu de fraîcheur et de candeur dans cette société qui vit en accéléré permet de surmonter bien des épreuves et de vieillir en beauté. Ce que je retiens de ce court moment, c’est que la vie est aussi faite d’heureux imprévus, de rencontres fortuites, d’échanges, de sourires, de paroles bienveillantes et de gentillesse. Et on en a grandement besoin en tant qu’humain, même si les conséquences sont sans lendemain.
Il suffit de croiser quelqu’un sur le canal qui nous offre une glace pour nous rafraîchir, et ça ragaillardit. Si j’avais besoin de me sentir jeune et attirante à nouveau, ce serait réussi. Je lui souhaite le meilleur. Bon chemin, cher inconnu!